vendredi 12 décembre 2014

Florence, une française en Angola puis au Brésil




Mon nom est Florence, j’ai 35 ans et je vis au Brésil, à Rio de Janeiro depuis presque 18 mois, pour le travail de mon mari.



L'Angola

Avant cela, nous avons vécu en Guinée Équatoriale, jeunes et sans enfant, puis 3 ans en Angola, où je suis tombée enceinte de mon premier enfant. J’ai vécu toute ma grossesse en Angola, mais j’ai dû rentrer en France pour accoucher car les conditions sanitaires étaient insuffisantes là-bas. Encore beaucoup de femmes meurent en couche en Afrique et en Angola.

J’ai donc été suivie par un médecin français dans la clinique d’une entreprise française. Le suivi était rigoureux, mais je pense avoir été beaucoup moins « médicalisée » que si j’avais été en France. Je n’ai par exemple, jamais réalisé le « tri-test » qui est obligatoire en France. Je n’ai pas non plus suivi de cours de préparation à l’accouchement. N’étant pas de nature angoissée, j’ai vécu cette première grossesse de manière sereine. J’ai donc pris l’avion pour la France à la date limite autorisée pour une femme enceinte (6 semaines avant l’accouchement si je me souviens bien) et je suis rentrée seule car mon mari ne pouvait pas prendre autant de vacances. Il m’a rejoint plus tard et j’ai accouché le lendemain de son arrivée avec deux semaines d’avance !
Comme le lait artificiel était difficile à trouver, je m’étais mis un point d’honneur à réussir mon allaitement. Je l’ai allaité exclusivement jusqu’à ses six mois puis en espaçant progressivement les tétées jusqu’à ses neuf mois.

En Afrique, les enfants sont le plus souvent allaités et assez longtemps, pour des raisons économiques évidentes. Le lait artificiel est rare et très cher, donc réservé à une classe sociale aisée.
J’ai ensuite ressenti le besoin reprendre une activité, quelques heures par semaine, et j’ai donc commencé à travailler à l’Alliance française puisque je suis professeur de FLE (Français Langue Etrangère). Une nounou s’occupait de mon fils à la maison quand je n’étais pas là. Cette solution était idéale car je le savais « dans son univers » et en sécurité. Quand il a eu 15 mois, il est allé dans une crèche trois matinées par semaine. J’ai choisi de l’inscrire dans une crèche « française » car les principes éducatifs angolais ne correspondaient pas à mes attentes : l’Angola (comme le Brésil d’ailleurs) est le pays de l’enfant-roi qui ne pleure jamais, qui ne supporte aucune frustration, qui a tous les droits et à qui on ne peut jamais dire non.

Notre premier enfant a passé les deux premières années de sa vie en Angola.
Bien sûr le fait d’être française me différenciait, j’étais facilement repérable dans la rue, blanche parmi tous les Angolais. Le « Blanc » est celui qui a de l’argent, on est donc régulièrement sollicité.
J’ai aimé vivre dans ce pays magnifique, qui a un si grand potentiel mais pourtant tant de mal de se relever de 40 ans de guerre civile.
 Il est très difficile de vivre quotidiennement dans un climat de violence à peine imaginable pour qui ne l’a jamais vécu : des Angolais mutilés par des mines anti-personnel errent dans les rues, des enfants drogués à la colle pour oublier la faim mendient aux feux rouges…
 Les écarts sociaux sont immenses, il y a une classe sociale pauvre dominante où les gens vivent dans des bidonvilles sans électricité ni eau courante ; et une classe très aisée, richissime, sans aucune notion de la valeur de l’argent. Entre les deux, une classe moyenne émerge mais est encore très minoritaire. Ces disparités entraînent une très grande incompréhension entre les peuples, et beaucoup de violence évidemment. Après trois ans, nous avons pensé, mon mari et moi, qu’il était temps de rentrer en France.


Un petit retour en France... 

Nous sommes donc retournés dans notre « chez nous » dans le Sud de la France où nous avons vécu pendant 4 ans. Mon plus grand a fait ses trois années de maternelle et sa petite sœur y est née. Le retour a été plus difficile qu’imaginé. 
Il a fallu se réhabituer à tout : au rythme de vie, aux mentalités, à l’administration. Il nous a fallu environ douze mois pour nous réadapter après notre expatriation. 
Mon mari a changé de poste mais est resté dans la même entreprise (facile ! ;-), il a retrouvé sa place de parking, ses collègues et ses petits restos pour la pause déjeuner. 
Quant à moi il a fallu que je recommence tout: trouver une place en crèche pour pouvoir chercher du travail, trouver du travail, me réorganiser dans ma nouvelle vie française avec un enfant en prime. Ne trouvant pas d’emploi rapidement, j’ai finalement choisi de reprendre mes études afin d’achever ma formation diplômante de professeur de FLE et je me suis inscrite au CNED et dans une université pour pouvoir suivre des cours à distances. 
Entre temps, je suis tombée enceinte de notre deuxième enfant et j’ai donc dû tout mener de front en même temps : une grossesse, un enfant et des études à distance. Avec le recul, je sais que j’ai eu de la chance de pouvoir faire une pause professionnelle et reprendre mes études pour faire ce que j’avais envie. Mais cette période n’a pas été facile : beaucoup de stress, beaucoup de fatigue, beaucoup de frustrations et d’isolement. Je déposais mon fils à la crèche le matin, rentrais à la maison pour étudier toute la journée et retournais le chercher à 18h00. Finalement, avec de la persévérance et le soutien de mon mari, j’ai obtenu mon diplôme et trouvé un travail ! Quelques mois plus tard, je donnais naissance à notre petite fille.


Le Brésil 

Et peu de temps après, nous repartions pour l’étranger, destination le Brésil ! C’était un choix délibéré, une envie de changer d’air, de voir autre chose et d’offrir cette chance à nos enfants qui commençaient à grandir (3 et 6 ans à l’époque). On se disait qu’ils avaient l’âge idéal pour voyager, découvrir de nouvelles contrées, se faire de nouveaux amis, vivre dans un environnement différent, bref, s’adapter à une nouvelle vie en expatriation.

Heureusement nos expériences ultérieures d’expatriation nous ont permis d’arriver à Rio dans des conditions optimales. Notre déménagement est arrivé en même temps que nous, nous avons rapidement emménagé dans notre appartement et nous avons obtenu une place au Lycée français.
 A peine sorti de grande section en France, mon plus grand a pu rejoindre en cours d’année le CP qui avait déjà commencé ici cinq mois plus tôt. La plus petite, qui n’était pas dans la tranche d’âge pour entre en petite section, est allée rapidement dans une école de quartier en attendant de pouvoir intégrer la petite section du Lycée français en février.

Notre expérience ultérieure de trois ans dans un pays lusophone a amplement facilité notre intégration. J’ai tout de suite pu me débrouiller toute seule pour les inscriptions aux activités des enfants, à l’école de la petite, les visites chez les médecins, le marché, bref, tous les actes du quotidien qui peuvent être bien difficiles quand on arrive dans un pays dont on ne parle pas la langue.
J’étais indépendante, ce qui n’est pas négligeable quand on a un mari qui travaille près de dix heures par jour toute la semaine. Je me suis rapidement sentie bien dans cette nouvelle expatriation : je me suis mise de façon intensive au sportj’ai rencontré des mamans par le biais de l’école. 
Je n’ai pas souhaité travailler durant les six premiers mois car je voulais avoir du temps à consacrer à notre fils qui rejoignait en cours d’année le CP. Quand j’ai commencé chercher du travail, j’ai vite compris que ce serait très difficile. En effet, mes enfants et moi dépendons du visa de travail de mon mari, obtenu par le biais de son employeur. Ce visa ne me donne pas le droit de travailler. Seule une entreprise peut faire les démarches auprès du ministère pour obtenir un visa de travail pour un employé étranger. Et les démarches sont tellement complexes que finalement beaucoup d’entreprises sont découragées et ne le font pas. Je me consacre donc à la lourde tâche d’éduquer nos deux enfants.


L'éducation des enfants "à la brésilienne"

La manière brésilienne d’éduquer les enfants est bien différente de la nôtre, ou de la mienne en tous cas : ici aussi, donc, nous sommes au pays de l’enfant-roi, les enfants sont très gâtés, très chouchoutés. Ils obtiennent facilement ce qu’ils désirent et les parents ont peu d’autorité sur eux. Tout leur est excusé, tout leur est autorisé. Par exemple, quand j’insiste auprès de mes enfants pour qu’ils disent « bonjour », « merci » « au revoir » et que ces mots peinent à sortir de leur bouche, les gens me disent souvent « oh laissez, ce n’est pas grave, ce sont des enfants ! »

Ils sont aussi très souvent surprotégésIci, on trouve des filets de protection à toutes les fenêtres, des terrasses en étages et des balcons des appartements pour éviter que les enfants se jettent dans le vide. Il est inconcevable pour une Brésilienne d’ôter ces filets tant qu’il y a des enfants dans la maison. Cette habitude paraît toujours surprenante à des Français fraîchement débarqués. Autre exemple chez le pédiatre, une simple visite de contrôle vire souvent à l’événement familial auquel tout le monde participe : la mère, la grand-mère, la tante entrent dans la salle de consultation avec l’enfant

Les fêtes d’anniversaire pour enfants sont démentielles, avec locations de châteaux gonflables et autres trampolines, décorations grandeur nature (et souvent kitchissimes) sur le thème choisi par l’enfant, musique avec DJ et animateurs pour divertir les 30 enfants de la classe invités. Ces fêtes sont magiques et feraient rêver plus d’un petit Français, mais le revers de la médaille est que les enfants sont assez vite blasés et en veulent toujours plus.

Dans les milieux sociaux privilégiés, les enfants sont élevés par des « babas », des nounous qui vivent souvent dans la famille et s’occupent des enfants 6 jours / 7. Les parents travaillent généralement tous les deux etl’éducation repose souvent entièrement sur ces babas. Ce sont elles qui amènent les enfants à leurs activités, aux anniversaires... Il n’est pas rare que chaque enfant de la famille ait sa baba attitrée.

Dans les milieux défavorisés, si la maman travaille, les enfants sont élevés dans le cercle familial. Dans les favelas, des familles sur plusieurs générations vivent souvent ensemble dans une même habitation.
Ce culte de l’enfant-roi a aussi des aspects positifs : dans les restaurants les enfants sont toujours les bienvenus, contrairement à beaucoup de restaurants en France (si si disons-le): il y a toujours des chaises hautes, des feuilles et des crayons pour colorier, des menus pour enfants équilibrés autres que les sacro-saints nuggest frites ou steacks hachés frites qu’on trouve en Hexagone, et souvent même des salles de jeux aménagées incluant des babysitters pour surveiller les enfants pendant que Papa et Maman profitent de leur repas.

Je trouve passionnant de voir comment les enfants peuvent être éduqués ailleurs, car tout n’est jamais tout noir ou tout blanc, et avoir d’autres points de vue permet de relativiser et de prendre du recul sur sa propre manière de faire.

L’expatriation apporte de nombreux avantages et, il faut bien le dire, une fois qu’on y a goûté, il est difficile de s’en passer. Nos différentes expériences nous ont permis de voir comment ça se passe ailleurs et de relativiser sur le sort de la France et des Français.

Chaque nouvelle expatriation donne la possibilité de repartir de zéro pour se découvrir ou se redécouvrir, affronter de nouveaux challenges, dépasser ses limites, oser bousculer ses habitudes et se rendre compte de la relative importance de certaines choses.


Le difficile équilibre à trouver pour la famille et le couple

Pour notre famille ça a aussi été l’occasion se retrouver à quatrede passer plus de temps ensemble, de prendre le temps de regarder grandir les enfants,vivre des expériences inoubliables ensemble
Pour la majorité des femmes, le passage de la vie active en France au statut de mère au foyer à l’étranger est une épreuve. Le revers de la médaille de l’expatriation est donc bien là : dans la difficulté de trouver un équilibre familial, et surtout dans le couple. 
L’expatriation n’est pas faite pour tout le monde, beaucoup de couples explosent en vol. Les hommes expatriés (puisque ce sont plus souvent les hommess’éclatent généralement dans leur nouvelle mission, ils doivent relever de nouveaux challenges, sont souvent « propulsés » dans leur carrière. Pendant que leurs femmes doivent parfois mettre leur carrière entre parenthèses et se retrouvent dépendantes : financièrement, du visa de travail de leur mari, et parfois même vis à vis de la langue parlée dans le pays. Mais il faut se dire que rien n’est impossible. 
Je pense qu’il est important de réfléchir à ce qu’on veut vraiment afin de trouver un équilibre. J’ai des amies qui se sont lancées dans des projets sociaux, d’autres qui ont repris leurs études, d’autres encore qui se sont mises à la déco, à la couture et ont développé une activité commerciale en rapport. Pour ma part, je m’estime chanceuse d’avoir du temps pour mes enfants, et du temps pour développer des projets qui me tiennent vraiment à cœur.

Quant aux enfants, ce n’est pas si simple pour eux non plus. Malgré ce qu’on peut penser, ils ne s’adaptent pas tous aussi facilement à un nouvel environnement. Même s’il disait être content d’aller vivre au Brésil, notre fils de 6 ans ne comprenait pas vraiment ce que ça impliquait : quitter ses grands-parents, ses bons amis (il avait déjà deux très bons amis en dernière année de maternelle), sa chambre, sa maison. Tout recommencer, et apprendre une nouvelle langue de surcroît. Les premiers temps ont été difficiles à l’école pour se faire de nouveaux copains, s’adapter à de nouvelles cultures. Mais tout est rentré dans l’ordre, et quand on lui demande s’il aime vivre ici, il répond toujours oui ! Quant à la plus petite, elle n’avait pas trois ans quand nous sommes arrivés à Rio. Je pense que pour elle ce sera le retour en France qui sera plus délicat, car elle aura connu ici ses premières années d’école et devra quitter ses premières copines.

Et après ? Je ne préfère pas trop y penser, nous ne resterons pas toujours en expatriation, d’ici deux ou trois ans nous rentrerons certainement en France, mon mari occupera un nouveau poste dans la même entreprise si tout va bien, et moi, je devrais à nouveau tout recommencer au niveau professionnel. Mais pour combien de temps ? Aucune idée, mais ce qu’on sait déjà au fond de nous, c’est qu’on repartira un jour…




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